#24 Dr Camille Caudal, Médecin psychiatre à l'Espace Ados et Médecin Responsable du Foyer Relais
Pouvez-vous vous présenter en quelques lignes ?
Bonjour, je m’appelle Camille et je suis arrivée dans l’association il y a 5 ans, comme médecin psychiatre à l’Espace Ados. J’ai découvert l’unité peu de temps après son ouverture et c’est en orientant une patiente au Dr Brochard, médecin cheffe de l’unité, que j’ai eu envie d’envoyer ma candidature ! Depuis le mois de janvier, j’ai pris la responsabilité du Foyer Relais, afin de renforcer la présence médicale en vue du déménagement temporaire de l’unité, dans la perspective de travaux de rénovation de ses locaux.
Avant d’intégrer l’association Les ailes déployées, j’ai travaillé à l’hôpital Avicenne où je me suis formée à la clinique du trauma et à la l’approche transculturelle, mais aussi à la clinique Dupré au sein de la Fondation de Santé des Etudiants de France, où je travaillais dans une unité de soins post-aiguë accueillant des adolescents et des jeunes adultes.
Au quotidien comment accompagnez-vous les personnes vivant avec des troubles psychiques ?
À l’Espace Ados, nous accompagnons des adolescents et des jeunes adultes entre 15 et 20 ans. Ils sont souvent à une période charnière de leur vie, qui est aussi celle où apparaissent souvent les premiers troubles psychiques. C’est une période pleine de fragilité, mais aussi de possibilités d’évolution.
Notre accompagnement se fait toujours de manière collective : nous travaillons avec le jeune accueilli, mais aussi avec sa famille, les équipes soignantes et les partenaires de soins. L’idée est de construire autour de lui une véritable équipe capable de soutenir ses ressources et de l’aider à retrouver un élan.
Quels sont les défis les plus importants auxquels vous êtes confrontée au quotidien dans votre travail ?
Le défi majeur, au Foyer Relais comme à l’Espace Ados, est de réussir à créer un lien de confiance, et de renvoyer au patient, dès le premier contact, quelque chose de sa subjectivité et de son potentiel. Parmi les questions que l’on pose aux personnes accueillies en tant que soignant figurent notamment : quels sont les symptômes qui l’entravent au quotidien ? Qu'attend-il de sa prise en charge ? Quelles sont ses ressources internes et externes sur lesquelles nous allons pouvoir nous appuyer ?
Pour l’Espace Ados, la plupart des jeunes que nous accueillons sont déscolarisés, sortent de périodes de souffrance qui les ont profondément marqués et isolés. Pour certains, sortir de chez eux est un véritable défi ; nous devons donc travailler avec ces données, comprendre les freins et les leviers qui leur permettront de reprendre confiance en eux et de se remettre en mouvement. C’est un travail qui se fait au fil des entretiens, et cela nécessite beaucoup de patience et de persévérance.
Pouvez-vous nous décrire une expérience gratifiante ou significative que vous avez vécue du fait de votre métier ?
Récemment nous avons fêté les cinq ans de l’Espace Ados, et nous avions invité les jeunes à venir accompagnés de deux personnes importantes pour eux. Certains sont revenus avec d’anciens patients rencontrés durant leur séjour à l’hôpital de jour.
L’un d’entre eux m’a raconté qu’il n’avait aujourd’hui plus besoin ni de traitement ni de thérapie, mais qu’il était resté très lié à d’autres jeunes rencontrés à l’Espace Ados, avec qui il continuait de faire du sport. C’était très enthousiasmant de voir que leur lien avait perduré au-delà du soin.
En psychiatrie, nous apprenons aussi très vite l’humilité : il y a des situations difficiles, des moments d’impuissance, des patients que l’on perd de vue, et parfois aussi des évolutions positives que nous sommes heureux de voir.
En quoi consiste la collaboration avec vos collègues au sein de l’association et comment travaillez-vous collectivement pour soutenir les personnes connaissant une altération de leur santé mentale ?
La collaboration est essentielle dans notre travail. Nous avons la chance au sein de l’association, de pouvoir nous appuyer sur plusieurs dispositifs complémentaires selon les besoins des patients.
Au sein du pôle sanitaire de Paris, nous travaillons en lien étroit avec l’Espace Jeunes Adultes (EJA) et l’Espace de Traitement et de Réadaptation (ETR), qui peuvent prendre le relais de certains jeunes après leur passage à l’Espace Ados. Cette continuité est très importante et nous permet de sécuriser et d’adapter au mieux les transitions dans les parcours de soins.
Au Foyer Relais, certains résidents travaillent à l’ESAT Bastille en journée, ce qui implique des contacts réguliers pour ajuster au mieux leur accompagnement. Dernièrement, c’est avec les unités passerelles notamment à Cergy que nous avons eu le plus de liens, plusieurs patients du Foyer Relais ayant été transférés dans cette unité à la faveur du déménagement.
Pour vous, quels seraient les 3 mots qui qualifieraient l’association ?
Je dirais d’abord l’accueil. L’association a toujours accordé une grande importance aux lieux de soin, aux locaux et à leur inscription au cœur de la cité. Cela envoie un message très fort aux patients et aux familles : celui qu’ils méritent d’être accueillis avec dignité et attention.
Ensuite, l’ouverture. Je suis frappée par la capacité de l’association à développer des partenariats variés, avec le monde de la culture, de l’entreprise (notamment via le mécénat de compétences), ou encore la pair-aidance. Pour une structure de soins orientée vers le rétablissement, cette ouverture sur l’extérieur est essentielle.
Et enfin, le rétablissement, qui est vraiment au cœur de l’ADN de l’association.
Quels sont les outils et ressources que vous trouvez les plus utiles dans votre pratique professionnelle ?
Je m’appuie beaucoup sur différents courants de pensée, notamment la psychanalyse et la systémie, ainsi que sur des auteurs comme Jean Oury, qui aident à penser le soin et l’institution.
La supervision est également très précieuse pour réfléchir collectivement aux situations complexes, rester attentif à nos pratiques et à notre manière de travailler en équipe. Et puis il y a tout ce qui nourrit notre regard : la lecture, le théâtre, le cinéma, la musique… Je pense qu’il est important de rester connecté au monde culturel et à la société pour continuer à accompagner les patients avec justesse et sensibilité.
Y-a-t-il de nouveaux projets au sein de votre unité dont vous aimeriez nous parler ?
Nous préparons actuellement le déménagement temporaire de l’unité vers des locaux à situés à proximité de Bastille en vue de travaux d’amélioration des locaux. C’est une étape importante, à la fois pour les patients mais aussi pour les équipes soignantes, qui vont s’adapter à un nouveau cadre de soins et d’exercice.
Nous sommes très attachés au site de Liège, et notamment à nos collègues des unités voisines avec qui nous avons noué des liens forts. Ces liens vont bien sûr perdurer après le déménagement, qui sera aussi l’occasion de renforcer nos partenariats avec les unités déjà présentes sur le site de Bastille.
Merci à Camille pour le partage de son parcours !
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