#27 Portrait de Charlotte RENCK, responsable du Service des Accompagnements et des Parcours Professionnels Inclusifs (SAPPI) de l'ESAT Bastille
Pouvez-vous vous présenter en quelques lignes ?
Je suis actuellement responsable du SAPPI, le Service des accompagnements et des parcours professionnels inclusifs de l’ESAT Bastille, depuis le début du mois de mai.
Auparavant, depuis 2023, j’étais job coach et coordinatrice de plusieurs missions au sein du service d’emploi accompagné de l’association. J’ai également pris en charge le Café Inclusivité des Ailes déployées, qui a évolué vers un format podcast début 2025.
Je travaille dans le domaine de la santé mentale depuis 2012, avec toujours cette volonté d’accompagner les personnes dans leur parcours, leur autonomie et leur inclusion professionnelle.
Pouvez-vous nous expliquer votre métier et comment vous avez commencé à travailler dans le domaine de la santé mentale ?
Mon métier consiste avant tout à accompagner les personnes au plus près de leurs besoins et de leurs projets, notamment autour de leur parcours professionnel et de leur inclusion.
J’ai commencé à travailler dans le domaine de la santé mentale en 2012 et, au fil des années, j’ai développé une expérience dans l’accompagnement individuel, mais aussi dans l’animation d’ateliers et le travail collectif.
Ce qui m’intéresse particulièrement, c’est de permettre à chacun de trouver sa place, de développer ses compétences et de construire un parcours qui lui correspond.
Le développement du pouvoir d’agir est donc central.
Je viens du milieu artistique et suis en partie autodidacte.
Au quotidien, comment accompagnez-vous les personnes vivant avec des troubles psychiques ?
Je dirais que mon accompagnement repose sur trois éléments essentiels : l’écoute des besoins, le soutien et la bienveillance.
J’essaie d’être au plus près des besoins de chaque personne, à travers des accompagnements individuels, mais aussi collectifs. J’anime notamment, depuis plusieurs années, des ateliers sur l’estime de soi à l’aide d’outils issus du théâtre. Ceux-ci permettent de travailler différentes compétences et de favoriser les échanges entre les personnes.
L’objectif est vraiment de partir de la personne, de ses capacités, de ses envies et de ses besoins, afin de coconstruire avec elle, et non à sa place.
Quels sont les défis les plus importants auxquels vous êtes confrontée au quotidien ?
Le principal défi, c’est de réussir à proposer un accompagnement qui soit vraiment adapté à chaque personne, tout en répondant aux objectifs qui ont été fixés.
Cela nécessite de travailler à plusieurs niveaux : en individuel, en collectif, mais aussi avec différents partenaires — employeurs, acteurs culturels et artistiques, et partenaires du secteur médico-social.
Il faut pouvoir croiser les regards, créer du lien entre l’intérieur et l’extérieur de l’établissement et trouver des solutions concrètes pour faire évoluer les parcours professionnels.
Pouvez-vous nous décrire une expérience gratifiante ou significative ?
Ce qui est particulièrement gratifiant, ce sont les situations où l’on voit qu’une personne réussit à atteindre quelque chose qui, au départ, semblait vraiment difficile, voire peu envisageable.
Je pense notamment à une personne qui avait un projet professionnel, mais pour laquelle l’accès à ce projet était loin d’être gagné au départ avec son employeur.
Avec elle, nous avons travaillé, mobilisé différents interlocuteurs et mis en place plusieurs actions pour permettre à son projet d’aboutir.
Ce sont ces moments-là qui donnent beaucoup de sens à mon métier : voir qu’avec du temps, de l’écoute, du collectif, de la persévérance et des adaptations, une personne peut finalement accéder à ce qu’elle souhaitait.
En quoi consiste la collaboration avec vos collègues au sein de l’association ?
Pour moi, l’accompagnement ne peut pas être uniquement individuel. Il repose beaucoup sur le collectif et sur la complémentarité des professionnels et des équipes pluridisciplinaires.
Nous organisons des réunions, des synthèses et des points d’amélioration, et nous croisons régulièrement nos regards sur les situations.
Je mets également en place des ateliers et nous travaillons avec des partenaires extérieurs. L’idée est vraiment de créer une dynamique entre les différents professionnels, les personnes accompagnées et l’environnement extérieur, afin d’inventer un écosystème au sein de l’écosystème existant.
Pour vous, quels seraient les trois mots qui qualifieraient l’association ?
Je dirais : inclusive, innovante et collaborative.
Elle cherche à développer ses actions et à aller vers de nouveaux territoires et de nouveaux partenariats.
Elle est innovante parce qu’elle cherche constamment à faire évoluer ses pratiques.
Elle est collaborative et dynamique, parce qu’il y a une vraie volonté de faire bouger les choses et de construire de nouvelles réponses pour les personnes accompagnées.
En un mot, elle se déploie !
Quels sont les outils et les ressources que vous trouvez les plus utiles dans votre pratique professionnelle ?
Avant tout, je dirais : les collègues et l’humain.
Le travail en équipe, les échanges et les regards croisés sont essentiels dans mon quotidien.
Les formations sont également importantes, parce qu’elles permettent de continuer à apprendre, d’actualiser ses connaissances et de faire évoluer ses pratiques.
Pour moi, le meilleur outil reste finalement la complémentarité des compétences et la capacité à réfléchir ensemble.
Y a-t-il de nouveaux projets au sein de votre unité dont vous aimeriez nous parler ?
Oui, nous avons plusieurs projets.
Nous souhaitons notamment développer davantage les collectifs et travailler sur la transversalité entre les différents professionnels et les différents services.
Je coordonne également le Café Inclusivité, que nous souhaitons faire évoluer, notamment dans son format, dans les lieux où il peut être proposé et dans les thématiques abordées.
L’un de nos objectifs est aussi de travailler davantage autour du milieu ordinaire de travail, en cohérence avec les évolutions actuelles des ESAT, plus précisément avec la réforme des ESAT et la loi pour le plein emploi.
Enfin, nous souhaitons continuer à développer une équipe pluridisciplinaire ouverte sur l’extérieur, en renforçant notamment les partenariats avec les employeurs, le monde culturel et artistique, ainsi qu’avec les partenaires qui contribuent également au rétablissement.
L’idée est vraiment de construire des passerelles et de permettre aux personnes accompagnées d’avoir accès à un environnement professionnel et social le plus ouvert possible.
Pour terminer, qu’aimeriez-vous que le public retienne de votre métier ?
J’aimerais que l’on retienne que, derrière chaque parcours, il y a avant tout une personne, ses envies, ses compétences et ses possibilités.
Notre rôle est de créer les conditions pour que ces possibilités puissent s’exprimer, en levant les freins et en construisant des solutions avec la personne.
Et surtout, je pense qu’il faut continuer à croire que les parcours peuvent évoluer, que les choses sont possibles et que l’inclusion se construit collectivement et dans le lien.