#25 Portrait d’Ellie Adnane Croce, directrice du pôle sanitaire de Paris
Pouvez-vous vous présenter en quelques lignes ?
Bonjour, je m’appelle Ellie, je suis Directrice Opérationnelle du Pôle sanitaire de Paris au sein de l’association Les ailes déployées depuis 2022. Au quotidien, mon rôle consiste à accompagner les équipes dans l’organisation, le fonctionnement et l’évolution des unités du pôle, en lien avec les médecins chefs et les médecins responsables, les encadrants, les différentes fonctions supports et les partenaires institutionnels.
Pouvez-vous nous expliquer votre métier et comment vous avez commencé à travailler dans le domaine de la santé mentale ?
Mon métier consiste à assurer le pilotage opérationnel des établissements et services sanitaires, en veillant à la qualité de l’accompagnement proposé aux patients, à la bonne organisation des équipes, au respect du cadre réglementaire et à la mise en œuvre des projets institutionnels.
J’ai progressivement évolué dans le secteur sanitaire, en commençant ma carrière en MCO, c’est-à-dire en médecine, chirurgie et obstétrique, où j’ai exercé pendant quatre ans. Ma dernière expérience avant d’intégrer l’association était celle de directrice d’un SMR (Soins Médicaux et de Réadaptation), pendant neuf ans.
J’ai trouvé particulièrement intéressant de travailler dans le champ de la santé mentale, car c’est un domaine qui nécessite à la fois de la rigueur, de l’humanité, du travail collectif et une grande capacité d’adaptation. C’est aussi un secteur dans lequel les projets ont du sens, car ils touchent directement au parcours de vie, à l’autonomie et à la dignité des personnes accompagnées.
Au quotidien, comment accompagnez-vous les personnes vivant avec des troubles psychiques ?
Mon accompagnement est principalement indirect, à travers le soutien aux équipes et l’organisation des dispositifs de soin. Je veille à ce que les conditions soient réunies pour permettre un accompagnement adapté, sécurisé et respectueux des besoins des patients.
Cela passe par l’organisation des moyens humains, la coordination entre les professionnels, le suivi des projets d’unités, la qualité des prises en charge, mais aussi le travail avec les partenaires extérieurs lorsque cela est nécessaire.
Quels sont les défis les plus importants auxquels vous êtes confrontée au quotidien dans votre travail ?
Les principaux défis sont de concilier les besoins des patients, les contraintes organisationnelles, les exigences réglementaires et les réalités de terrain.
Il faut également accompagner les équipes dans un contexte où les ressources sont parfois contraintes, et où les établissements doivent sans cesse s’adapter : évolutions des projets, travaux, déménagements, renouvellements d’autorisations, certification, qualité des soins, attractivité des métiers.
Un autre défi important est de maintenir du lien et du sens dans l’action collective, même dans les périodes de tension ou de changement.
Pouvez-vous nous décrire une expérience gratifiante ou significative que vous avez vécue du fait de votre métier ?
Ce qui est particulièrement gratifiant, c’est de voir qu’un projet collectif, parfois difficile à mettre en place, peut finalement améliorer concrètement le parcours des patients ou les conditions de travail des équipes.
Par exemple, lorsqu’une unité évolue, se réorganise ou traverse une période de transformation, le fait de voir les professionnels rester mobilisés autour du projet de soin, et les patients continuer à bénéficier d’un accompagnement de qualité, est très significatif. Cela rappelle que le travail de direction n’est pas seulement administratif ou organisationnel : il a un impact réel sur la vie des personnes accompagnées, comme sur celle des équipes.
En quoi consiste la collaboration avec vos collègues au sein de l’association et comment travaillez-vous collectivement pour soutenir les personnes connaissant une altération de leur santé mentale ?
La collaboration est essentielle. Le fonctionnement repose sur un travail étroit entre la direction, la médecin cheffe de pôle, les médecins chefs et médecins responsables, les encadrants, les équipes soignantes, éducatives, administratives, logistiques et les fonctions supports.
Chacun a une place complémentaire. Les décisions ne peuvent pas être prises uniquement sous un angle administratif ou uniquement sous un angle clinique. Il faut croiser les regards pour construire des réponses adaptées, réalistes et cohérentes avec les besoins des patients.
Au sein de l’association, nous travaillons beaucoup en transversalité, notamment à travers les revues de direction de site, les comités opérationnels, les réunions médicales, les instances qualité et gestion des risques, les comités de pilotage et les ateliers de travail. Ces espaces permettent de garantir la continuité et la qualité de l’accompagnement.
Pour vous, quels seraient les trois mots qui qualifieraient l’association ?
Engagement, humanité et adaptation.
- L’engagement, parce que les professionnels sont fortement impliqués auprès des patients.
- L’humanité, parce que l’accompagnement en santé mentale demande une attention particulière à la personne, à son histoire et à son rythme.
- L’adaptation, parce que l’association doit sans cesse faire évoluer ses réponses en fonction des besoins des publics, des équipes et du contexte sanitaire.
Quels sont les outils et ressources que vous trouvez les plus utiles dans votre pratique professionnelle ?
Les outils les plus utiles sont ceux qui permettent de structurer, de coordonner et de sécuriser l’activité : les projets d’établissement et d’unité, les indicateurs d’activité, les tableaux de suivi, les procédures qualité, les outils de gestion des risques, les revues de direction et les retours des professionnels de terrain.
Les ressources humaines sont également essentielles : l’expertise des médecins, des encadrants, des équipes soignantes, éducatives, administratives et logistiques est une ressource quotidienne très précieuse. Le dialogue avec les professionnels permet souvent d’identifier les difficultés, mais aussi les solutions les plus adaptées.
Y a-t-il de nouveaux projets au sein de votre unité dont vous aimeriez nous parler ?
Le Pôle sanitaire de Paris est actuellement engagé dans plusieurs projets importants d’évolution et de transformation.
Il y a les travaux et les réaménagements du site de Liège, les projets autour de la réorganisation de certaines unités, comme l’ETR, avec une prise en charge orientée vers les jeunes adultes, ou encore le Foyer Relais, avec une refonte du projet médical et du projet de soins.
Nous travaillons également à la mise en application de l’autorisation récemment obtenue au titre de la mention « psychiatrie de l’enfant et de l’adolescent », avec le rajeunissement des patients accueillis à l’Espace Ados à partir de 13 ans.
Ces projets visent à adapter notre offre aux besoins des personnes accompagnées, tout en améliorant les conditions d’accueil, de soin et de travail.
Ces évolutions demandent beaucoup de coordination, mais elles sont porteuses de sens, car elles permettent de préparer l’avenir des unités et de renforcer la qualité de l’accompagnement proposé.
Merci Ellie pour ce témoignage au plus près des réalités quotidiennes du métier de directrice opérationnelle.