#23 Sanora Pelagie, Monitrice éducatrice à la SAS

#23 Sanora Pelagie, Monitrice éducatrice à la SAS

Pouvez-vous vous présenter en quelques lignes ?

Bonjour, je m’appelle Sanora, j’ai 36 ans. Après l’obtention d’un baccalauréat ST2S, j’ai exercé pendant huit ans en tant qu’AESH (anciennement AVS) en milieu scolaire. J’y ai accompagné des enfants et des adolescents en situation de handicap, qu’il soit physique, psychique ou cognitif. Souhaitant approfondir et valoriser les compétences acquises au fil de ces années, j’ai ensuite obtenu le diplôme de monitrice éducatrice. J’exerce aujourd’hui ce métier depuis quatre ans, toujours auprès de publics en situation de vulnérabilité, avec une attention particulière portée à l’accompagnement vers l’autonomie et l’inclusion.

Pouvez-vous nous expliquer votre métier et comment vous avez commencé à travailler dans le domaine de la santé mentale ?

Ce qui me motive dans mon métier, c’est d’accompagner chaque personne à trouver sa place et à développer son autonomie. En tant que monitrice éducatrice, j’interviens au quotidien auprès de personnes en situation de vulnérabilité pour soutenir leurs compétences sociales, leur confiance en elles et leur insertion, en m’appuyant sur un accompagnement individualisé.

Mon intérêt pour la santé mentale s’est construit progressivement, d’abord en milieu scolaire puis dans le médico-social. J’ai été amenée à accompagner des personnes présentant des troubles psychiques et cognitifs, avec une expérience plus approfondie auprès de personnes avec troubles du spectre de l’autisme. Cela m’a permis de mieux comprendre leurs besoins spécifiques et d’adapter mes pratiques. Par la suite, j’ai saisi l’opportunité qui m’a été donnée d’accompagner un public plus âgé. Aujourd’hui, j’accompagne des jeunes adultes vers une inclusion professionnelle, tout en leur proposant un accompagnement éducatif global. Le travail en équipe pluridisciplinaire est essentiel pour croiser les regards et proposer un accompagnement cohérent et adapté à chacun.

Au quotidien comment accompagnez-vous les personnes vivant avec des troubles psychiques ? 

Au quotidien à la SAS, j’adapte mon accompagnement en fonction des besoins, du rythme et des capacités de chaque jeune, en lien avec l’équipe pluridisciplinaire et les familles. L’objectif est de proposer un cadre sécurisant favorisant l’autonomie et l’engagement. Les semaines sont rythmées par des ateliers à visée préprofessionnelle, comme la cuisine ou l’entretien des locaux, qui permettent de développer des compétences concrètes, transférables à la vie quotidienne et au monde du travail. Je propose également des temps autour du pouvoir d’agir, en abordant les droits et devoirs, ainsi que l’implication des jeunes dans la vie de la structure, notamment à travers le CVS.

En collaboration avec la psychologue, nous animons aussi un atelier de gestion des émotions pour aider les jeunes à mieux comprendre et réguler leurs ressentis.

La relation éducative reste centrale : les temps informels me permettent de créer du lien, d’ajuster mon accompagnement et de valoriser les progrès de chacun afin de renforcer leur confiance en eux.

Quels sont les défis les plus importants auxquels vous êtes confronté au quotidien dans votre travail ?

Au quotidien, l’un des principaux défis est d’adapter en permanence mon accompagnement à des profils, des besoins et des rythmes très différents. Chaque jeune a son propre parcours, avec ses fragilités mais aussi ses ressources, ce qui demande une grande capacité d’observation, d’écoute et d’ajustement. Un autre enjeu important est de maintenir l’engagement et la motivation dans les activités, notamment lorsque leurs troubles peuvent impacter leur concentration, leur régularité ou leur confiance en eux. Il est donc essentiel de proposer un cadre à la fois structurant et bienveillant. Dans cette dynamique, la mise à jour régulière des outils éducatifs est primordiale afin de proposer un accompagnement adapté et de permettre à chaque jeune d’évoluer positivement dans le respect de sa singularité.

Pouvez-vous nous décrire une expérience gratifiante ou significative que vous avez vécue du fait de votre métier ?

Dans mon précédent emploi, j’ai été référente d’un jeune présentant des troubles du spectre de l’autisme, qui restait au sein de la structure toute la journée. En raison de troubles du comportement, notamment de l’agressivité envers les autres, les sorties et activités extérieures ne lui étaient plus proposées.

Humainement et professionnellement, il me semblait important que cette situation n’évolue pas dans ce sens. J’ai donc travaillé à créer une relation de confiance, notamment à travers des temps individuels, et à mettre en place des outils éducatifs lui offrant un cadre à la fois sécurisant et structurant, afin de diminuer ses troubles du comportement. Ce travail, mené en lien étroit avec l’équipe, a progressivement permis à ce jeune de réintégrer des activités extérieures avec son groupe. Cela a également permis de rassurer les professionnels et de rendre ces sorties possibles dans un climat plus serein. C’est une expérience particulièrement marquante pour moi, car elle illustre l’importance de la relation éducative, du travail d’équipe et de l’adaptation des accompagnements pour permettre à chacun de trouver sa place.

En quoi consiste la collaboration avec vos collègues au sein de l’association et comment travaillez-vous collectivement pour soutenir les personnes connaissant une altération de leur santé mentale ?

La collaboration avec mes collègues repose sur une dynamique collective, notamment à travers la Direction des Accompagnements et des Parcours Inclusifs (DAPI), qui réunit des professionnels de l'accompagnement de différentes unités (SEA, SAS, SPS, SAMSAH). Ce travail transversal permet de croiser les regards et de garantir une continuité ainsi qu’une cohérence dans le parcours de chaque personne accompagnée, dans le respect de son individualité.

Au sein de la SAS, je travaille également en étroite collaboration avec la job coach. Ensemble, nous développons des partenariats avec les différents pôles de l’ESAT Bastille, en lien avec les ateliers préprofessionnels que je mène. Cela passe notamment par des temps de présentation de notre public et des objectifs d’accompagnement, afin de permettre à nos collègues de mieux comprendre les besoins des jeunes. Cette mise en lien me permet de proposer des accompagnements au plus proche des attendus du milieu professionnel, et ainsi de préparer les jeunes à leur future insertion en ESAT.

Pour vous, quels seraient les 3 mots qui qualifieraient l’association ?

Je dirais engagement, bienveillance et inclusion.

Engagement, parce que les professionnels de l’association, quelle que soit l’unité dans laquelle ils travaillent, sont investis au quotidien auprès des personnes accompagnées et dans leurs projets. Bienveillance, parce que l’accompagnement se fait avec l’adhésion de la personne, dans le respect de ses besoins et de sa singularité. Et inclusion, parce que l’association œuvre pour permettre à chacun de trouver sa place dans la Cité, à travers des parcours adaptés et individualisés.

Quels sont les outils et ressources que vous trouvez les plus utiles dans votre pratique professionnelle ?

Au sein de l’association, l’offre de formation, adaptée et adaptable au public que nous accompagnons, constitue une ressource précieuse. Elle me permet de questionner ma pratique et de la faire évoluer afin d’accompagner au mieux les personnes accueillies. L’accès à la bibliothèque en ligne, notamment via Cairn.info, est également un atout, car il me permet de poursuivre ma veille professionnelle et de soutenir ma pratique par des apports théoriques. Au quotidien, je m’appuie sur des outils éducatifs coconstruits avec les personnes accompagnées, afin de répondre au plus près à leurs besoins. J’utilise par exemple des supports structurés, comme des fiches de tâches à cocher étape par étape, notamment en atelier cuisine, pour favoriser la compréhension, l’autonomie et l’organisation. Enfin, dans une perspective d’inclusion professionnelle, les ateliers que je mène, tels que la cuisine ou l’entretien des locaux, sont des leviers essentiels. Ils permettent de développer des compétences concrètes en situation réelle, tout en renforçant les compétences sociales nécessaires au monde du travail.

Y-a-t-il de nouveaux projets au sein de votre unité dont vous aimeriez nous parler ?

Nous avons plusieurs projets de médiation culturelle :

  • Le partenariat avec le Musée Carnavalet (Paris Musées, partenaire de LAD). Ce projet s’inscrit dans une volonté commune de rendre la culture accessible à tous et de favoriser l’inclusion à travers l’art et le patrimoine. Une dimension à visée professionnelle inclusive viendra prochainement enrichir cette action, afin de soutenir les aspirations des jeunes dans leur projet d’insertion.
  • Le partenariat avec le Théâtre de l’Odéon (partenaire de LAD). À travers leur participation à un projet collectif, les jeunes découvrent une pratique artistique comme moyen d’expression, ce qui leur permet de développer leur créativité, leur confiance en eux et leur capacité à s’inscrire dans une dynamique de groupe.
  • LE CVS en cours d’installation, sera un espace d’expression mettant en lumière leur pouvoir de choix et d’éclairage quant à l’accompagnement qui leur est offert. C’est un espace conviant la parole de chacun, y compris des familles, essentielles dans l’approche que nous recherchons avec l’équipe, celle de la considération globale des besoins de notre public pour soutenir leur épanouissement. L’appel à candidature a été lancé, l’élection se tiendra le 11 mai prochain.

Merci Sanora pour le partage de votre parcours orienté vers l’autonomisation et l’inclusion des personnes en situation de handicap.


Source URL: https://www.lad.fr/actualites/23-sanora-pelagie-monitrice-educatrice-la-sas

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